Retour sur... Congrès ESPE 2026

La recherche française à l’honneur

Du 8 au 10 septembre 2026, Marseille a accueilli la 64e édition du congrès annuel de l’European Society for Paediatric Endocrinology (ESPE), réunissant chercheurs et cliniciens du monde entier autour des dernières avancées en endocrinologie pédiatrique. Des mécanismes physiopathologiques aux innovations thérapeutiques, cette édition a permis de partager les nouvelles données scientifiques et d’explorer les perspectives de recherche et de prise en charge, notamment dans le domaine des maladies rares de l’os, du calcium et du cartilage.

Pre Agnès Linglart – ESPE Research Award 2026

Marseille, 8 - 10 septembre 2026 (Source et crédit photo : SFEDP)

Le congrès a également été marqué par la distinction de deux experts du réseau OSCAR. La Pre Agnès LINGLART, responsable du centre  de référence coordonnateur CaP, hôpital Bicêtre AP-HP et animatrice de la filière, a reçu l’ESPE Research Award, récompensant l’excellence de ses travaux et l’ensemble de sa carrière scientifique. Le Pr Thomas ÉDOUARD, responsable du centre de référence CaP, CHU Toulouse, s’est quant à lui vu décerner le Henning Andersen Prize, attribué au meilleur abstract clinique présenté lors du congrès, pour ses travaux sur le syndrome de Noonan.

Dans le cadre de son appel à candidatures 2026 dédié à la formation, la filière a également soutenu la participation du Dr Amina ATTIA, MD, doctorante, Inserm UMR 1333 Santé Orale. Dans cet article, elle revient sur les temps forts du congrès et présente une sélection des principales avancées scientifiques et cliniques du domaine.

iPPSD : la méthylation de GNAS à la loupe

Les pathologies de l’inactivation de la signalisation PTH/PTHrP (iPPSD, inactivating PTH/PTHrP signaling disorders) sont liées à des anomalies affectant différentes protéines impliquées dans cette voie de signalisation.

L’inactivation du récepteur de la PTH/PTHrP (PTH1R) est à l’origine de l’iPPSD1. L’altération de la protéine Gsα, codée par le gène GNAS et couplée au récepteur PTH1R, peut quant à elle résulter d’une mutation inactivatrice de GNAS (iPPSD2, correspondant notamment à l’ancienne pseudohypoparathyroïdie de type 1A) ou d’une anomalie de méthylation du locus GNAS (iPPSD3, anciennement pseudohypoparathyroïdie de type 1B).

Les patients peuvent notamment présenter une hypocalcémie associée à une élévation de la PTH, traduisant une résistance à l’action de cette hormone. Le diagnostic est souvent posé au cours de l’enfance. Des anomalies métaboliques, notamment un excès pondéral ou d’autres facteurs de risque métabolique, peuvent également être observées chez certains patients.

Le séquençage à longues lectures (long-read sequencing) offre de nouvelles possibilités pour l’exploration du locus GNAS. Contrairement à certaines approches conventionnelles, cette technologie permet d’analyser de longues molécules d’ADN contenant plusieurs sites CpG contigus et d’étudier plus précisément la méthylation spécifique de chaque allèle.

Une équipe japonaise a ainsi mis en évidence, grâce à cette approche, des profils de méthylation spécifiques du locus GNAS selon la cause, ouvrant de nouvelles perspectives pour mieux caractériser les mécanismes moléculaires des différentes formes d’iPPSD.

Sources : Francesco d’Aniello (Rome, Italie), Metabolic characterization of PHP: a multicenter study of 91 patients. Congrès ESPE 2026.

Sayuri Nakamura (Tokyo, Japon), Long-read sequencing reveals allele-specific methylation profiles in the GNAS locus in PHP by various etiologies. Congrès ESPE 2026.

Mayaso Kagami (Tokyo, Japon), A maternal exon H splice-site variant leading to PHP type 1B with broad methylation defects in GNAS-differentially methylated region. Congrès ESPE 2026.

Hyperparathyroïdie : les pièges du diagnostic

L’hyperparathyroïdie peut être asymptomatique ou se manifester par des signes liés à l’hypercalcémie (asthénie, céphalées, nausées, douleurs abdominales) et/ou par les effets de la PTH sur ses organes cibles, avec notamment une atteinte osseuse (ostéoporose, fractures) ou rénale (lithiase rénale).

Un diagnostic différentiel important est l’hypercalcémie hypocalciurique familiale (HHF), le plus souvent liée à une anomalie inactivatrice du gène CASR, qui code le récepteur sensible au calcium (CaSR). Cette affection est généralement transmise selon un mode autosomique dominant.

Le Pr Rajesh Thakker (Oxford, Royaume-Uni) a toutefois souligné les limites de l’appellation historique d’« hypercalcémie hypocalciurique familiale bénigne » : elle n’est pas toujours familiale, certaines mutations pouvant apparaître de novo ; elle n’est pas toujours bénigne, des complications telles que des pancréatites ayant été rapportées ; et l’hypercalcémie peut parfois être absente ou discrète.

Devant une hypercalcémie dépendante de la PTH, l’analyse génétique peut contribuer à confirmer certaines formes syndromiques ou non syndromiques. Elle vient toutefois en complément du diagnostic clinico-biologique et ne s’y substitue pas.

Sources : Anya Rothenbuhler (Kremlin-Bicêtre, France), Diagnostic challenges in primary, secondary and tertiary hyperparathyroidism. Congrès ESPE 2026.

Rajesh Thakker (Oxford, Royaume-Uni), Hyperparathyroidism: Diagnostic secrets revealed. Congrès ESPE 2026.

David Taieb (Marseille, France), New advances in imaging in the context of primary hyperparathyroidism. Congrès ESPE 2026.

Fragilité osseuse dans les pathologies musculaires

Duchenne et fragilité osseuse sous corticoïdes

La dystrophie musculaire de Duchenne est une maladie génétique liée au chromosome X, causée par des anomalies du gène DMD, qui code la dystrophine. Dans une cohorte de garçons atteints, le traitement par glucocorticoïdes a été associé à une augmentation du risque fracturaire d’un facteur 4 et à une diminution pouvant atteindre 40 % de la densité minérale osseuse. La prévalence des fractures était proche de 50 % et, parmi les fractures non vertébrales, 84 % étaient des fractures de fragilité.

Outre l’exposition aux glucocorticoïdes, plusieurs facteurs contribuent à la fragilité osseuse : diminution de la charge mécanique liée à la réduction de l’activité physique, inflammation chronique, obésité et retard pubertaire.

Dans ce contexte, le rapport bénéfice-risque des glucocorticoïdes doit être régulièrement réévalué et leur posologie adaptée. De nouvelles données soutiennent également une utilisation plus précoce des bisphosphonates, avec une discussion de leur place en prévention primaire chez certains patients.

Sources : Claire Wood (Newcastle, Royaume-Uni), Bone fragility in Duchenne muscular dystrophy. Congrès ESPE 2026.

Stephanie Vermeulen (Groningen, Pays-Bas), Vertebral fractures in a young patient with Duchenne Muscular Dystrophy. Congrès ESPE 2026.

La paralysie cérébrale fragilise aussi les os

La paralysie cérébrale (cerebral palsy) est liée à une lésion ou une anomalie non progressive du cerveau en développement, survenue pendant la période fœtale, périnatale ou au cours de la petite enfance. Elle entraîne notamment des troubles du tonus musculaire, de la posture et des mouvements volontaires.

Chez les adultes atteints de paralysie cérébrale, la survenue d’une fracture a été associée à un risque accru de nouvelles fractures, notamment vertébrales, de la hanche et des membres inférieurs, avec un retentissement fonctionnel important.

Après une fracture, une augmentation de la mortalité ainsi que du risque de complications cardiovasculaires et respiratoires a également été rapportée.

La paralysie cérébrale est par ailleurs associée à des altérations de la structure osseuse, avec notamment une diminution de l’os trabéculaire. L’évaluation de la seule densité minérale osseuse ne suffit donc pas à caractériser pleinement la qualité osseuse chez ces patients.

Source : Daniel Whitney (Newcastle, Royaume-Uni), Bone density in cerebral palsy or other neuromuscular conditions. Congrès ESPE 2026.

En bref

Néridronate dans l’OI : moins de fractures

L’étude rétrospective d’une cohorte multicentrique italienne de 77 enfants et adolescents atteints d’ostéogenèse imparfaite et traités par néridronate a montré une diminution de l’incidence des fractures, une amélioration de la densité minérale osseuse et une diminution des marqueurs du remodelage osseux.

Source : Thomas Zoller (Italie) - Fracture, Densitometric and Biochemical Outcomes of Neridronate Therapy in a Multicentric Pediatric Cohort with Osteogenesis Imperfecta (OI). Congrès ESPE 2026

XLH : un marqueur du risque de cristallisation à explorer

 La concentration tubulaire proximale estimée en phosphate (ePTpc), calculée à partir de la concentration urinaire de phosphate et des concentrations plasmatique et urinaire de créatinine, diminuait un an après l’introduction d’un traitement par burosumab chez 20 patients atteints d'hypophosphtémie liée à l'X (XLH). Sur des modèles murins, un ePTpc élevé était associé à une augmentation du risque de cristallisation. Les auteurs suggèrent ainsi que l’ePTpc pourrait constituer un marqueur potentiel du risque de cristallisation.

Source : Justine Bacchetta (France) - The use of ePTpc as a marker of phosphate concentration in the proximal tubule may be of interest in X-linked hypophosphatemia (XLH). Congrès ESPE 2026

Après la greffe : les ostéoclastes en question

Réalisée dans la petite enfance, la transplantation de cellules souches hématopoïétiques (HSCT) peut être associée à des anomalies du développement osseux. L’étude par cytométrie en flux du sang de patients transplantés présentant un phénotype osseux a mis en évidence une augmentation des monocytes classiques (CD14++CD16--), principaux précurseurs des ostéoclastes. Cette observation conduit à émettre l’hypothèse que le phénotype osseux observé après transplantation serait, au moins en partie, lié à une augmentation de l’ostéoclastogenèse.

Source : Roberta Iannuzzi (Italie) - Acquired Skeletal Dysplasia-like Phenotype After Early Hematopoietic Stem Cell Transplantation (HSCT): Evidence of Altered Osteoclastogenesis. Congrès ESPE 2026

PFAS et santé infantile sous surveillance

Le prix Andrea Prader de l'ESPE, a été remis au Pr Anita Hokken-Koelega (Université Erasmus, Rotterdam, Pays-Bas), dont la conférence a porté sur l'impact des perturbateurs endocriniens en pédiatrie.

Les perturbateurs endocriniens sont omniprésents dans notre environnement. Leurs conséquences sur les fonctions reproductives, le développement, le système immunitaire et le métabolisme sont aujourd'hui documentées. Parmi eux, les PFAS (substances per- et polyfluoroalkylées), une vaste famille de composés chimiques dont certains présentent des propriétés de perturbation endocrinienne, sont utilisés industriellement depuis les années 1950. Ces substances sont présentes dans de nombreux produits du quotidien, notamment les emballages alimentaires et certains papiers de cuisson.

Figure 1. Les perturbateurs endocriniens sont présents dans de nombreux produits de consommation et dans l'environnement.

Figure 2. Exposition aux PFOA et PFOS à l'âge de 1 et 3 mois selon le mode d'alimentation : allaitement maternel exclusif ou préparations pour nourrissons.

Chez l'adulte, l'exposition à certains PFAS a été associée à différents effets métaboliques et thyroïdiens, notamment une dyslipidémie, une stéatose hépatique, un surpoids ou une obésité, un diabète de type 2 et une hypothyroïdie. Des associations avec un risque accru de certains cancers ont également été rapportées.

L'exposition aux PFAS commence dès la vie intra-utérine. Les travaux présentés par le Professeur Anita Hokken-Koelega montrent que l'exposition aux PFAS est environ 2 à 3 fois plus importante chez les nourrissons allaités exclusivement que chez ceux recevant exclusivement des préparations pour nourrissons.

Les niveaux d'exposition observés après un allaitement exclusif pourraient dépasser les seuils d'exposition considérés comme tolérables chez l'adulte. Ces seuils reposent néanmoins sur des données encore limitées et leur extrapolation aux nourrissons doit être interprétée avec prudence.

Chez les jeunes enfants, l'exposition aux PFAS a été associée à une diminution de la réponse vaccinale, de la croissance staturale et de la densité minérale osseuse à l'âge de 18 mois. Ces observations soulignent la nécessité de poursuivre les recherches sur les conséquences à long terme de l'exposition précoce aux perturbateurs endocriniens.

À retenir

À ce jour, aucune preuve ne permet d'affirmer que les effets bénéfiques de l'allaitement maternel seraient contrebalancés par les effets potentiellement délétères des PFAS présents dans le lait maternel. Les données de suivi à long terme restent insuffisantes. L'étude de l'impact des perturbateurs endocriniens sur la santé infantile constitue un enjeu majeur de santé publique.

Source : Anita Hokken-Koelega (Rotterdam, Pays-Bas). Andrea Prader Prize Lecture: Hidden Threats to Child Health. Congrès ESPE 2026.

Le génome non codant livre ses secrets

Le Pr Malte Spielmann (Berlin, Allemagne) a présenté en conférence plénière l’intérêt croissant de l’étude des régions non codantes du génome, qui représentent environ 98 % du génome humain.

Certains variants non codants peuvent modifier l’organisation de la chromatine et, par conséquent, l’expression des gènes. L’étude des TAD (topologically associating domains), régions tridimensionnelles du génome au sein desquelles les séquences interagissent préférentiellement entre elles, permet notamment de mieux comprendre ces mécanismes.

Leur implication a par exemple été mise en évidence dans la leucodystrophie autosomique dominante de l’adulte (ADLD), où certaines anomalies structurales situées en aval du gène LMNB1 peuvent entraîner une surexpression de ce gène. Le séquençage du génome entier (whole-genome sequencing) ouvre ainsi de nouvelles perspectives pour l’identification de variants pathogènes situés en dehors des régions codantes et pour une meilleure compréhension des mécanismes génétiques impliqués dans les maladies rares.

Source : Malte Spielmann (Berlin, Allemagne). The desert is alive: non-coding genetic variants and their contribution to disease. Congrès ESPE 2026.