A la loupe - Avril 2026
Faire progresser la recherche dans les chromatinopathies
Avril 2026

Maud de DIEULEVEULT est chercheuse INSERM à l’Institut Imagine dans l’équipe « Bases physiopathologiques des dysplasies squelettiques » dirigée par la Pre Valérie CORMIER-DAIRE. Découvrez son parcours et ses recherches, à l’interface entre épigénétique et maladies rares.
©Aliénor de Dieuleveult
Quel est votre parcours ?
Après deux années de classes préparatoires, j’ai rejoint la Faculté de Lyon 1 pour me spécialiser en génétique (il y avait déjà la petite étincelle !) avant un master à Montréal puis une thèse au CEA Saclay sur la chromatine et les cellules souches embryonnaires. J’ai ensuite effectué un post-doctorat à Bruxelles sur une nouvelle marque épigénétique, puis poursuivi mes travaux en France sur le rôle d’une déubiquitinase dans la stabilité des cellules souches.
Après une année à la Banque nationale de données maladies rares (BNDMR), où j’ai découvert la filière OSCAR, j’ai rejoint l’Inserm en poste de chercheuse à l’Institut Cochin. Depuis 2023, je travaille à l’Institut Imagine, dans l’équipe de la Pre Valérie CORMIER-DAIRE, au plus près des cliniciens et des patients.
Quel est votre domaine de recherche et l’expertise de votre laboratoire de recherche ?
Au sein du laboratoire « Bases physiopathologiques des dysplasies squelettiques », nous travaillons sur les maladies osseuses, et nos questions de recherche vont de l’identification de nouveaux gènes dans les ostéochondrodysplasies, à l’étude des voies physiopathologiques, notamment en lien avec la matrice extracellulaire, jusqu’au développement de nouvelles approches thérapeutiques. Mon arrivée dans l’équipe a apporté une expertise complémentaire en épigénétique. Nous l’appliquons en particulier à des projets qui étaient déjà développés autour des avances et retards staturaux, afin d’explorer les altérations épigénétiques associées aux pathologies caractérisées par ces signes cliniques. Ces recherches doivent nous aider à mieux comprendre leurs mécanismes physiopathologiques, mais aussi à envisager, à terme, de nouveaux outils diagnostiques venant compléter le séquençage de l’ADN.
Qu'est-ce qui vous a motivé à choisir ce domaine de recherche ?
Depuis le lycée, je suis passionnée par la génétique. Comprendre les mécanismes qui gouvernent le développement d’un individu a toujours été « fascinant » à mon sens. Mes différents projets de recherche ont tous, d’une manière ou d’une autre, tourné autour de ces questions. Aujourd’hui, à Imagine, je peux travailler « main dans la main » avec les cliniciens qui suivent les patients. Le métier de chercheur est exigeant et les résultats mettent souvent des années à émerger et être publiés. Mais savoir que nos travaux peuvent aussi contribuer, en parallèle, à améliorer le diagnostic pour les patients est une source de motivation au quotidien.
Partenaire de la filière OSCAR, c’est un atout pour vos recherches ?
Mon parcours a été un peu atypique puisque j’ai été cheffe de projets à la BNDMR durant une année. C’est à ce moment-là que j’ai pris pleinement la mesure de la force des 23 filières de santé maladies rares (FSMR) en France. C’est un modèle très structurant, qui articule le soin, les données et la recherche au service des patients, et qui a d’ailleurs inspiré l’organisation européenne avec les European Reference Networks (ERN). Dans les maladies rares, le faible nombre de patients par pays limite souvent la puissance des études. Le fait de pouvoir collaborer à l’échelle nationale, puis européenne, change considérablement la donne. Fédérer des expertises cliniques, partager des données, construire des projets communs : c’est un levier majeur pour faire avancer la recherche !
Vous êtes lauréate de l’appel à projet « Impulsion à la Recherche 2022 » de la filière OSCAR, Quels sont les objectifs de cette étude et les résultats attendus ?
Le projet que j’ai proposé dans ce cadre vise à mieux comprendre les mécanismes épigénétiques mis en œuvre dans le syndrome de Meier-Gorlin. Il s’agit d’une maladie extrêmement rare, avec moins de 30 patients rapportés en France. Elle se caractérise principalement par une très petite taille, de petites oreilles, une microcéphalie, une a/hypoplasie de la rotule, sans déficience intellectuelle dans la plupart des cas décrits. Pour cette étude collaborative entre l’équipe du Dr Benoit MIOTTO (Institut Cochin), l’équipe de la Pre Valérie CORMIER-DAIRE et la plateforme iPS dirigée par la Dre Nathalie LEFORT à l’Institut Imagine, nous avons bénéficié de soutien de la filière OSCAR, que je remercie vivement. Notre objectif est d’utiliser des cellules souches pluripotentes induites, ou cellules iPS (cellules reprogrammées à partir de cellules de patients, caractérisées avec l’aide de deux stagiaires Lisa FARIA et Esra BAS) afin de cartographier le paysage épigénétique au cours du développement cartilagineux chez les patients atteints du syndrome de Meier-Gorlin en comparaison avec des donneurs sains. À ce stade, nous devons encore obtenir des financements complémentaires pour réaliser les expériences de cartographie au cours de la différenciation en cartilage.
Quels bénéfices envisagez-vous pour la prise en charge des patients grâce à cette recherche ?
Cette étude doit d’abord nous permettre de mieux comprendre les mécanismes physiopathologiques du syndrome de Meier-Gorlin. Nous sommes ici en amont du développement d’un médicament ou d’un outil thérapeutique. Mais cette étape est indispensable : sans compréhension fine de la maladie, il est très difficile d’identifier des pistes réellement exploitables pour de futurs traitements.
Le syndrome de Meier-Gorlin est une des pathologies de la machinerie de la réplication de l’ADN, pour lesquelles les mécanismes physiopathologiques sont encore peu connus ; il est donc important d’effectuer une recherche en amont de toute piste thérapeutique. En effet, ces pathologies sont un vrai « mystère » puisqu’elles touchent à un mécanisme fondamental de la cellule nécessaire dès le début de la conception de l’embryon. Comment les cellules porteuses d’un variant pathogène parviennent-elles malgré tout à se répliquer ? Pourquoi observe-t-on des signes cliniques aussi spécifiques alors que la réplication de l’ADN est un mécanisme universel ? C’est un vrai challenge scientifique à relever !
Quels sont vos projets futurs et les directions que vous souhaitez explorer dans vos recherches ?
Comme évoqué plus haut, le modèle des cellules souches pluripotentes induites est particulièrement prometteur, mais il est aussi coûteux et techniquement exigeant. Même si les tendances observées entre cellules saines et cellules pathologiques ont été observées, la variabilité liée à l’expérimentation est non négligeable. Il nous reste donc encore plusieurs étapes avant de pouvoir tirer des conclusions solides.
La priorité est désormais de trouver de nouveaux financements pour poursuivre le projet. De plus, afin d’affiner notre compréhension du modèle, nous allons croiser différentes sources de données : celles issues de tissus de patients que nous allons produire, mais aussi des données déjà publiées sur des modèles cellulaires, notamment des données épigénomiques générées par de grands consortiums internationaux.
Le travail à venir est conséquent mais nous sommes convaincus que les résultats seront prometteurs, très bénéfiques et nécessaires pour la compréhension de ces pathologies !

Équipe du laboratoire « Bases physiopathologiques des dysplasies squelettiques » - Institut Imagine
©Franck Beloncle pour la Fondation pour la Recherche Médicale (FRM)
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