A la loupe - Juillet 2026


Imphos23 : explorer l’origine immunologique des diabètes phosphatés FGF23-dépendants inexpliqués
Juillet 2026


Le Dr François ROBIN est rhumatologue au CHU de Rennes, et mène des travaux de recherche à l’interface entre métabolisme osseux, maladies rares du squelette, métabolisme du fer et régulation phosphocalcique. Dans le cadre du projet Imphos23, il explore l’hypothèse d’une origine immunologique dans certains diabètes phosphatés FGF23-dépendants sans cause génétique ou tumorale identifiée, avec la recherche d’anticorps anti-PHEX. Ce projet pourrait ouvrir de nouvelles perspectives diagnostiques et, à terme, améliorer la prise en charge des patients présentant une hypophosphatémie inexpliquée.

Quel est votre parcours ?

J'ai débuté mon cursus médical à Brest et je suis venu à Rennes pour mon internat en choisissant la rhumatologie. Je suis actuellement au sein du MCU-PH au sein du service de Rhumatologie du CHU de Rennes. J’ai débuté une activité de recherche en parallèle de mes activités cliniques au sein de l’Inserm U1317, institut NuMeCan 

en m’intéressant à la pathologie osseuse notamment dans le cadre des surcharges en fer, et plus récemment aux conséquences du méthotrexate sur le tissu osseux. Plus généralement, je m’intéresse à l’équilibre minéral/phospho-calcique au sein de l’organisme ce qui m’a poussé à développer le projet Imphos23.

Votre projet porte sur les diabètes phosphatés FGF23-dépendants sans étiologie identifiée. Pouvez-vous expliquer pourquoi ces situations sont complexes à diagnostiquer ?

Ces situations restent complexes. Actuellement, lorsque la baisse du phosphate est identifiée et que la fuite rénale est diagnostiquée (TRP < 85 %, TmPi/GFR < 0,8), sans cause toxique ou médicamenteuse évidente, le dosage du FGF23 est indiqué. Si celui-ci est augmenté ou inadapté à la phosphatémie, nous nous plaçons dans la situation d’un diabète phosphaté FGF23 dépendant. Jusqu’à récemment, deux grands types de diagnostics étaient à rechercher dans cette situation : la cause génétique ou la cause tumorale (TIO ou Tumor-induced Osteomalacia). Dans le cadre des TIO, le diagnostic pouvant être difficile, il était conseillé de répéter les examens complémentaires à la recherche de la tumeur sécrétrice de FGF23 durant le suivi du patient (avec des examens complémentaires de médecine nucléaire principalement (TEP Dotatoc)). Il restait ainsi une part non négligeable de patients ayant biologiquement un profil de diabète phosphaté FGF23 dépendant sans étiologie retrouvée et traités par traitement médical conventionnel (administration conjointe d’une supplémentation orale pluriquotidienne par phosphate et d’analogues actifs de la vitamine D ou anticorps antiFGF23).

Qu’est-ce qui vous a motivé à explorer l’hypothèse d’une origine immunologique dans certaines formes de diabète phosphaté FGF23-dépendant ?

Cette idée fait écho à une publication en 2025 dans le NEJM (Hoshino Y., et al), ayant exploré cette hypothèse immunologique. Dans cette publication, les auteurs ont recherché d’abord la présence d’anticorps inhibiteurs sur les différents acteurs de la voie du FGF23 de régulation du phosphate (DMP1, ENPP1, PHEX, FGFR1). Après avoir identifié exclusivement des anticorps anti-PHEX (PHEX permettant la dégradation du FGF23, son inhibition induit un taux de FGF23 plus élevé), les auteurs ont recherché ces anticorps dans des populations d’intérêt : contrôle sains, TIO identifié, diabète phosphaté génétique et diabète phosphaté FGF23 dépendant sans étiologie. Sur les 13 patients, 5 patients présentaient ces anticorps, aucun dans les autres groupes. A la lecture de cet article, l’idée m’est venue de rechercher ces anticorps chez nos patients et plus largement au niveau national et européen. Nous avons donc développé la technique au sein du laboratoire d’immunologie du CHU de Rennes avec le Dr DUMONTET.

Le projet repose donc sur la recherche d’anticorps inhibant PHEX. Pouvez-vous expliquer comment se fait en pratique cette recherche ?

Le dépistage est assez simple. Il peut se faire sur sérum dans les mêmes tubes que le dépistage des facteurs antinucléaires. Une fois prélevée, et après nous avoir contacté, ce tube devra transiter vers le laboratoire d’immunologie de Rennes à toute condition de température, ce qui permettra le dépistage par la suite. Ce processus a déjà été débuté au sein du GRIO (Groupe de Recherche et d'Informations sur les Ostéoporoses), et cela fonctionne déjà très bien.

Quels patients pourraient être concernés par cette étude ?

Pour reprendre ce que je disais précédemment, il faut actuellement positionner cette recherche d’anticorps chez les patients en cours de suivi présentant des diabètes FGF23 dépendants sans étiologie retrouvée (ce qui veut dire, non génétique et non TIO). Cela représentera donc un grand nombre de malades ayant déjà bénéficié d’examens complémentaires à la recherche de TIO et traité par traitement médical conventionnel. Probablement à l’avenir et à la suite de cette première phase de travail, cette recherche d’anticorps pourra se discuter plus rapidement dans l’algorithme diagnostique, mais il est encore trop tôt pour le dire.

Quels bénéfices espérez-vous pour la prise en charge des patients ?

Dans ce domaine précis (restant limité tout de même à une maladie rare), cette hypothèse immunologique est un vrai tournant et pourrait être cruciale dans la gestion de ce type de situation. En effet, la découverte d’un mécanisme immunologique de certains diabètes phosphatés FGF23 dépendant aurait un impact sur quasiment tous les niveaux de gestion de ces patients :

  • Au niveau diagnostique, permettant de mieux cibler le mécanisme inducteur de la maladie et éventuellement de mieux caractériser, dans cette population, les patients à risque d’avoir ces anticorps (un antécédent immunologique, des caractéristiques biologiques...). Cela limitera aussi le coût social de certains examens complémentaires inutiles (notamment dans la recherche de TIO).
  • Au niveau thérapeutique, ouvrant la porte à une éventuelle gestion de ces patients par immunosuppresseurs/modulateurs, limitant ainsi l’usage des traitements médicaux conventionnels actuels.

C’est une opportunité évidente pour ces malades, avec des conséquences multiples, qui ouvrent de nombreux questionnements pour la suite et qui apparait comme un potentiel vrai changement de paradigme.

En quoi le partenariat avec la filière OSCAR constitue-t-il un atout pour ce projet ?

C'est crucial. C’est un atout non négligeable à plusieurs niveaux. Déjà de pouvoir exposer ce projet lors des rendez-vous de la recherche a permis de faire connaitre notre équipe et notre projet. C’est très important d’avoir le retour des spécialistes du domaine sur ce type de projet. Deuxièmement, le lien avec la filière OSCAR permet, bien sûr, de rentrer en contact avec un grand nombre de praticiens suivant ces malades spécifiquement, ce qui est indispensable pour le recrutement et l’identification de nos malades. Enfin, cela ouvre le champ des possibles sur des applications plus fondamentales, in vitro et in vivo.

Les prochaines étapes intègrent ces différents domaines. Au niveau clinique, il faut commencer par l’identification des malades et le dépistage sérique à la recherche de ces anticorps. Cela permettra aussi d’avancer sur la caractérisation phénotypique de ces malades via le recueil de données cliniques et biologiques. Au niveau plus fondamental, il est indispensable de préciser l’impact de ces anticorps anti-PHEX, via des modèles cellulaires et éventuellement in vivo, ce que nous débuterons en parallèle. 

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