Actu SEDnv - Janvier 2026

The 2025 International Scientific Symposium of the Ehlers-Danlos Society

Toronto | 18-21 septembre 2025

Toronto | 18-21 septembre 2025

Le symposium scientifique international de l'Ehlers-Danlos Society, s'est tenu à Toronto du 17 au 21 Septembre 2025, sous le thème "Pathways to Progress: A Decade of Insights and Innovations in Ehlers-Danlos Syndromes and Hypermobility Spectrum Disorders ". Cette rencontre a rassemblé une communauté internationale multidisciplinaire de plus d’une centaine de cliniciens, scientifiques et représentants de patients.

Le Dr Karelle BENISTAN, responsable du centre coordonnateur des syndromes d’Ehlers-Danlos non vasculaires (SED-NV), hôpital Raymond-Poincaré - AP-HP, le Dr Caroline MICHOT, responsable du centre constitutif des SED-NV, Hôpital Necker Enfants-malades – AP-HP et Malika FOY, chargée de mission, ont fait le déplacement pour présenter leurs travaux.

Les discussions et les recherches présentées se concentraient sur les progrès en recherche fondamentale et clinique visant à améliorer le diagnostic, la prise en charge et la qualité de vie des personnes atteintes de SED et HSD :

1. Vers une meilleure définition des SED monogéniques, du SED hypermobile (SEDh) et des désordres du spectre de l’hypermobilité articulaire (HSD) : présentation de quelques résultats des études Delphi.

2. Avancées dans la physiopathologie et le diagnostic du SEDh et des HSD : les études menées dans le cadre de la révision de la classification (The Road to 2026) montrent que le SEDh et les HSD pourraient former un spectre biologique commun, avec des caractéristiques cliniques qui se recoupent. Les résultats préliminaires de l'étude de l’évaluation génétique du SEDh (HEDGE) n'ont pas identifié de gène unique comme cause du SEDh ou des HSD, suggérant plutôt une origine multifactorielle impliquant probablement une combinaison de facteurs génétiques et/ou biologiques. Les résultats suggéraient également que le gène TNXB pourrait jouer un rôle chez quelques cas de patients atteint de SEDh (1% de la cohorte). Par ailleurs, aucun lien n’a été montré entre le SEDh/HSD et les gènes MHTFR, KLK15 et THBS2. D’autres études, basées sur des analyses protéomiques et transcriptomiques, suggéraient une composante inflammatoire et immunitaire à la pathophysiologie du SEDh et des HSD.

3. L'urgence de réduire le délai diagnostic : les patients continuent de faire face à une errance diagnostique prolongée. Pour le SEDh/HSD, le délai moyen de diagnostic est estimé à 14 ans.

4. Focus sur des types spécifiques de SED

  • SED classique : La présentation clinique du SED classique peut être atypique lorsqu’il est dû à des mutations sur gène COL5A2, allant d’une forme légère, avec une clinique proche du HSD, à une clinique pouvant mimer un SED cyphoscoliotique. Une surveillance cardiovasculaire et rachidienne est recommandée.
  • SED cyphoscoliotique :  Une fragilité vasculaire est fréquente chez les patients atteints de SED cyphoscoliotique (liés à PLOD1 ou FKBP14), avec des complications artérielles pouvant être observées dès l'enfance. Il est préconisé d'effectuer un suivi vasculaire régulier non invasif après le diagnostic.
  • SED vasculaire : L'espoir est grand avec l'identification d’une nouvelle option thérapeutique (Celiprolol + Irbesartan) qui semble mieux prévenir les événements artériels majeurs et améliorer l'espérance de vie des patients. 

5. Prise en Charge multidisciplinaire : le symposium a fortement souligné la nécessité d'une approche holistique des soins. Le dysfonctionnement du système nerveux autonome (dysautonomie) et les troubles gastro-intestinaux sont fréquents dans la population de SEDh.

Les symptômes laryngologiques (voix altérée, trouble de la déglutition) et la vulvodynie sont également des comorbidités courantes pouvant survenir chez les patients atteints de SED.

6. Recommandations d'activité physique : les programmes d'exercice et de réadaptation sont recommandés pour les patients atteints de SED, et permettent des améliorations de la capacité fonctionnelle. Les exercices adaptés, comme le pilates, sont recommandés chez ces patients.

7. COVID-19 : les malades atteints de SED et HSD peuvent présenter un COVID long, avec la même prévalence que dans la population générale.

L'ensemble des nouvelles données cliniques, physiologiques et génétiques va probablement contribuer aujourd’hui à faire évoluer la classification des SED. Le comité « Road to 2026 » poursuit son travail sur la révision des critères de classification, les parcours diagnostiques et des recommandations de prise en charge. Une réflexion est également en cours concernant une amélioration de la mesure de l’hypermobilité articulaire généralisée. La nouvelle classification sera élaborée selon une approche dite « dyadique », qui vise à classer les maladies mendéliennes en intégrant conjointement le phénotype et le génotype.

Les tests génétiques sont considérés comme indispensables pour établir un diagnostic précis de SED. Dans le cas du SEDh, ils pourraient être utilisés pour exclure un diagnostic différentiel.

Les différents résultats présentés lors de ce symposium devraient être publiés entre le début de l’année 2026, notamment pour les résultats de l’étude HEDGE, et la fin de l’année 2026/début 2027 pour la révision des critères de classification et les recommandations.

CRMR coordonnateur des SED-NV, CHU Raymond Poincaré, AP-HP

Manifestations vasculaires anévrismales dans le SED hypermobile

Le SED hypermobile (SEDh), généralement dépourvu de complications vasculaires sévères, peut néanmoins s’accompagner plus rarement d’anomalies vasculaires nécessitant des investigations spécifiques. L’objectif principal de cette étude était d’évaluer la prévalence d’anévrismes chez des patients atteints de SEDh. Pour cela, des imageries du thorax, de l’abdomen, du pelvis, du cou et de la tête, réalisées dans le cadre du bilan de routine, ont été analysées afin d’identifier ces anomalies vasculaires et de comparer leur fréquence à celle attendue dans la population générale. L’objectif secondaire était d’explorer un éventuel lien entre la présence d’anévrismes et des facteurs de risque cardiovasculaire.

Cinquante-cinq patients atteints de SEDh, vus entre 2021 et 2023 au centre de référence coordonnateur des SED-NV de l’hôpital Raymond-Poincaré (AP-HP), à Garches ont été inclus. Les critères d’inclusion étaient :  âge > 18 ans et un diagnostic de SEDh selon la classification internationale (2017). Un test génétique avait été réalisé afin d’exclure un autre sous-type de SED ou d’autres diagnostics différentiels. La cohorte comportait majoritairement des femmes (72 %), avec un âge moyen de 38 ans et un IMC (indice de masse corporel) moyen de 24. Concernant les facteurs de risque cardiovasculaire, 25,5 % des patients étaient fumeurs et 22 % présentaient une hypertension artérielle. Quatre anévrismes ont été identifiés (4/55 patients), soit une prévalence de 7,3 % :

  • Deux anévrismes de l’aorte thoracique (3,6 % de la cohorte), suggérant une possible surreprésentation par rapport à la prévalence estimée dans la population générale (2,6 %).
  • Un anévrisme de l’artère splénique (1,8 % de la cohorte). Bien que ce résultat repose sur un seul cas, l’écart avec la prévalence estimée en population générale (0,011 – 0,22 %) interroge une possible susceptibilité accrue à ce niveau.
  • Un anévrisme du polygone de Willis (1,8 % de la cohorte), cohérent avec la prévalence rapportée dans la population générale (1 - 5 % dans la majorité des études d’imagerie), suggérant l’absence de sur-risque pour cette localisation.

Aucune association statistiquement significative n’a été retrouvée entre la présence d’anévrismes et les facteurs de risque cardiovasculaire (sexe, âge, IMC, tabagisme, hypertension). Toutefois, la taille limitée de l’échantillon, l’absence de groupe contrôle et le caractère rétrospectif limitent les conclusions concernant un éventuel excès de risque anévrismal.

Ces résultats appellent, en effet, à une interprétation prudente des données de prévalence des anévrismes observées dans le SEDh, lesquelles ne permettant pas de conclure à un sur-risque net. À ce stade, il n’existe pas d’éléments suffisamment solides pour recommander un dépistage systématique des anévrismes dans cette population, ni pour justifier des modifications des pratiques actuelles en termes de suivi ou de prise en charge. Ces résultats soulignent la nécessité d’études futures, idéalement prospectives et contrôlées, pour clarifier la question.

Communication affichée - Aneurysmal Vascular Manifestations in Hypermobile Subtype of Ehlers-Danlos Syndrome. Karelle Benistan, Thomas Gehin, Malika Foy, Robert Carlier, Valentin Renault

Cohorte nationale française rétrospective de patients atteints de SED cyphoscoliotique : focus sur l’atteinte vasculaire

Le SED cyphoscoliotique (SEDk, MIM 225400 et 614557) est dû à des mutations bialléliques de PLOD1 (lysyl-hydroxylase 1) ou FKBP14 (FK506-binding peptidyl-prolyl cis-trans isomérase). Le SEDk associe une hypotonie musculaire congénitale, une hypermobilité articulaire généralisée, une cyphoscoliose précoce et une fragilité tissulaire ; une surdité peut être présente dans la forme liée à FKBP14. Cette étude a analysé les caractéristiques cliniques et moléculaires de patients SEDk afin de proposer des recommandations de suivi, notamment cardiovasculaire.

Méthodes : recrutement via le réseau français des centres de compétence SED-NV ; critères d’inclusion : diagnostic de SEDk confirmé sur le plan moléculaire. Les données ont été recueillies via un questionnaire rempli par le médecin référent. L’étude a été approuvée par un comité d’éthique local.

Résultats : 22 patients (21 familles), 10 hommes et 12 femmes, âgés de 3 à 64 ans, d’origines ethniques diverses ont été inclus. Des variants génétiques pathogènes à l’état hétérozygote composite ou homozygote ont été identifiés dans PLOD1(15 cas) et FKBP14 (7 cas). L’hyperlaxité articulaire était présente chez tous les patients (score de Beighton 5 à 9), et 12 d’entre-eux présentaient des luxations récidivantes. Dix-sept patients avaient une hypotonie congénitale ; la marche a été acquise entre 14 et 60 mois. Seize patients ont développé une cyphoscoliose marquée et 9 ont eu une arthrodèse entre 8 et 15 ans. Trois adultes présentaient une ostéoporose, mais aucun patient n’a rapporté de fracture avant l’adolescence. Aucune perforation intestinale spontanée n’a été observée, mais un patient a présenté une rupture spontanée du globe oculaire. Deux patients avaient des varices précoces et un seul une valvulopathie mitrale et aortique légère. En revanche, 7 patients ont présenté des complications artérielles : 2 artères dysplasiques (hépatique et vertébrale) et 5 dissections spontanées (mésentérique, vertébrale, aorte abdominale sous-rénale, iliaque externe) survenues entre 16 et 60 ans. Par ailleurs, 3 patients ont présenté des hémorragies cérébrales intraventriculaires néonatales ; aucune hémorragie sous-durale ou extra-durale n’a été détectée.

Conclusion : cette étude renforce les données décrivant une fragilité vasculaire dans le SEDk (environ 23% des cas), pouvant survenir dès l’adolescence. Elle soutient la nécessité d’un suivi vasculaire régulier non invasif, probablement débuté tôt. Les auteurs proposent un suivi annuel associant échographie et IRM après le diagnostic. Ils soulignent également l’importance d’évaluations spécifiques : complications musculo-squelettiques, risque d’ostéoporose et fragilité du globe oculaire.

Pour en savoir + : Communication orale - National French Retrospective Cohort of Patients With Kyphoscoliotic Ehlers-Danlos Syndrome: Emphasis on Vascular Involvement.

Caroline Michot, Anne-Laurence Goiffon, Fabrice Gillas, Christine Barnérias, Clarisse Billon, Tiffany Busa, Claude Cances, Valérie Cormier-Daire, Sophie Dupuis-Girod, Yasmina Elaribi, Laurence Faivre, Christine Francannet, Michael Frank, Xavier Jeunemaitre, Vincent Laugel, Tristan Mirault, Bénédicte Pontier, Francis Ramond, Elise Schaefer, Annick Toutain, Marjolaine Willems, Karelle Benistan.

Présentation anté- et périnatale du SED classique : expérience du centre de référence coordonnateur français

Contexte : le SED classique (SEDc) est une maladie autosomique dominante associant hyperlaxité articulaire, hyperélasticité cutanée, cicatrices atrophiques et fragilité tissulaire. Une rupture prématurée des membranes, une présentation en siège et des luxations néonatales de hanche/épaule ont été rapportées, mais les données sur les complications obstétricales et néonatales du SEDc restent limitées. La littérature est souvent confuse en mélangeant des complications observées dans différents types de SED. L’objectif de cette étude était d’identifier des signes précoces du syndrome afin d’optimiser la prise en charge.

Méthodes : étude rétrospective cas-témoins. Les dossiers des patients SEDc suivis au centre national de référence des SED-NV ont été analysés et comparés à ceux de leurs frères et sœurs non atteints.

Résultats : 109 individus inclus : 77 cas et 32 témoins. Un RCIU sévère était observé chez 82 % des cas versus 40 % des témoins. Une prise en charge en soins intensifs a été nécessaire dans 17 % des cas (dont 5 % de nouveau-nés à terme) versus 6 % des témoins. Une luxation congénitale de hanche était retrouvée dans 10 % des cas, un pied bot varus équin dans 10 %, et une hernie de la paroi abdominale dans 13 %, contre respectivement 3 %, 3 % et 0 % chez les témoins. Une hypotonie n’était observée que chez les 5% des cas , dont 75 % étaient nés à terme. L’hyperlaxité, les signes cutanés majeurs du SEDc et des ecchymoses axillaires ou en zones de contact n’étaient notés que dans 5 % des cas à la naissance.

Conclusion : un RCIU (retard de croissance intra-utérin) sévère, des admissions en soins intensifs chez des nouveau-nés à terme, des malpositions des membres et une hernie abdominale constituent des signaux d’alerte orientant vers un diagnostic de SEDc. Toutefois, les signes majeurs du SEDc sont rarement identifiés à la naissance, ce qui limite la mise en place d’une prise en charge spécifique dans les cas sporadiques. Dans les cas familiaux, les auteurs recommandent une surveillance échographique rapprochée, comme pour les grossesses à risque augmenté.

Pour en savoir + : Communication orale - Ante- and Peri-Natal Presentation of Classical Ehlers-Danlos Syndrome: Experience of the French National Reference Center.

Caroline Michot, Théa Lanfranchini, Malika Foy, Fabrice Gillas, Baptiste Vierne, Karelle Benistan. CRMR coordonnateur des SED-NV, CHU Raymond Poincaré, AP-HP

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